Définition du mouvement hippie

 

Le mouvement hippie est un courant de contre-culture apparu dans les années 1960 aux États-Unis, avant de se diffuser dans le reste du monde occidental. Les hippies, issus en grande partie de la jeunesse nombreuse du baby boom de l'après-guerre, rejetaient les valeurs traditionnelles, le mode de vie de la génération de leurs parents et la société de consommation.

 

L'ouverture à d'autres cultures, un besoin d'émancipation et la recherche de nouvelles perceptions sensorielles, les amenèrent aux expressions artistiques du psychédélisme. Dans leurs communautés, ils tentèrent de réaliser leur aspiration à vivre librement, dans des rapports humains qu'ils voulaient plus authentiques.

En rupture avec les normes des générations précédentes, le mouvement a eu une influence culturelle majeure, en particulier dans le domaine musical. L'assimilation de nombreuses valeurs issues de ce courant a apporté une évolution des mœurs de la société dans son ensemble même si le mouvement lui-même a perdu progressivement son ampleur.

 Le lexicographe Jesse Sheidlower, principal éditeur de l’Oxford English Dictionary, considère que les termes hipster et hippie dérivent du mot hip, dont l'origine est mal connue. Cependant, selon lui, le terme « hippie » trouverait son origine dans un vocable africain « hip », dérivé du terme wolof « hipi » signifiant « ouvrir ses yeux », également repris dans le mot anglais « hipster », forgé par Harry Gibson en 1940 et désignant les amateurs de bebop des années 1940. Il pourrait être également un jeu de mot avec « hype » signifiant « décontracté, branché, dans le coup ». Comme le hipster, le hippie devait en effet être « cool ».

 Cependant, les hippies n'utilisaient pas ce terme pour se désigner eux-mêmes, et les étiquettes les laissaient assez indifférents. Ils se disaient plutôt « flower children », « beautiful people » ou plus ironiquement « freaks » ou « heads » voire « acid heads » (respectivement : « les monstres », « les têtes » ou encore « les têtes à acide »).

De manière générale, les hippies contestaient le matérialisme et le consumérisme des sociétés industrielles ainsi que tout ce qui y était lié. Ils rejetaient en particulier les valeurs associées au travail, à la réussite professionnelle et le primat des biens technologiques au détriment des biens naturels. Ils aspiraient à une sorte de fraternité universelle pour laquelle ils espéraient trouver idées et techniques dans des sociétés traditionnelles. Ce complexe idéologique, essentiellement constitué en une praxis, n'a pas réellement été théorisé et n'a jamais fait l'objet d'une homogénéité pratique parmi celles et ceux se reconnaissant pourtant comme hippies.

  • Le refus de l'autorité

Les hippies remettaient en cause l'idée d'autorité, et en premier lieu l'autorité parentale, et tout ce qui en découlait : toute domination de l'un sur l'autre. Cherchant à établir d'autres rapports avec leurs propres enfants, les hippies adoptèrent les pédagogies anti-autoritaires ; dans les communautés naquirent des « écoles sauvages » ou « écoles parallèles », et le livre Libres enfants de Summerhill, traduit en français en 1971, fut un succès pendant toute la décennie. Ils refusaient aussi les frontières et la violence en général ; le mot « pigs » (« porcs ») était régulièrement utilisé à l'encontre des forces de l'ordre.

Les hippies n'avaient pas le désir de contrôler la société, contrairement aux rébellions des générations précédentes, comme les wobblies ou les « activistes de la nouvelle gauche ». Bien que très critiques, ils étaient perçus comme ne proposant pas d'alternative à la société, avec un mot d'ordre étant plutôt « faites ce que vous voulez faire et ne vous préoccupez pas de ce que les autres en pensent » (« do your own thing and never mind what everyone else thinks »).

Selon Chuck Hollander, expert en drogues pour la National Student Association au début des années 1960 : « S'il existait un code hippie, on pourrait le présenter ainsi : faites ce que vous avez envie de faire, où vous le voulez et quand vous le voulez. Lâchez la société que vous avez connue. Explosez l'esprit de toutes les personnes rigides que vous rencontrez, branchez-les, sinon par la drogue, au moins par la beauté, l'amour, l'honnêteté et la rigolade ».

Pour les hippies, la révolution de la vie privée passait avant la lutte pour la réforme de la société ; ils considéraient que les politiciens, fussent-ils « de gauche », étaient avant tout des straight, des conformistes. Les yippies sont des représentants notoires de cette prise de position. Un de leurs fondateurs, Jerry Rubin, initiateur de manifestations contre la guerre du Viêt Nam, fut arrêté et condamné pour conspiration et incitation à l'émeute, il écrivit en particulier Do it! scénarios de la révolution en 1973. Perçus comme des « hippies avec des fusils », ils étaient aux États-Unis la frange la plus radicale du mouvement.

  • Le pacifisme : peace and love 

le symbole Peace and love, « paix et amour », est l'expression du pacifisme hippie des années 1960. Un autre slogan, issu de la guerre du Viêt Nam, Make Love, not War, « faites l'amour, pas la guerre » a été repris par le courant hippie pour les mêmes raisons ; l'expression apparaît en 1974 dans la chanson Mind Games de John Lennon.

Flower Power, « le pouvoir des fleurs », est une autre expression pacifique qui trouve son origine dans le Summer of Love de 1967 à San Francisco. Consigne était alors donnée de « porter des fleurs dans les cheveux », comme l'illustre la chanson de Scott McKenzie San Francisco (Be Sure to Wear Flowers in Your Hair). Les hippies furent dès lors communément appelés flower children, les « enfants-fleurs ». L'ensemble de ces expressions cherchaient à traduire une opposition à la guerre et à la violence en général, sans pour autant que les revendications soient toujours plus élaborées ou véritablement théorisées.

Après les premières manifestions pacifiques contre la pollution en 1968 à San Francisco, et leur répression, de nombreux hippies rejoignirent des communautés rurales. En France, le Larzac fut un lieu de prédilection du mouvement ; il rassembla 60 000 personnes en août 1973 pour une manifestation intitulée « Ouvriers et paysans, même combat », où les hippies se mêlèrent aux antimilitaristes et aux maoïstes pour protester contre l'extension d'un camp militaire.

Ce retour à la terre amenait l'idée d'un plus grand respect de la planète incluant produits bios, utilisation d'énergies renouvelables et recyclage. Le Whole Earth Catalog, un guide créé par Stewart Brand, un des Merry Pranksters, décrivait les techniques pour tout faire soi-même, en privilégiant la récupération et les moyens non polluants ; il fut ensuite repris en français sous le nom de Catalogue des Ressources. Selon Timothy Leary, les hippies sont à l'origine du mouvement écologique dans le monde. Dans la filiation de l'hypothèse Gaïa, formulée par James Lovelock à cette période où les premières craintes pour l'environnement commençaient à s'exprimer, se sont bâties des croyances écologistes mystiques, nommées les « théories Gaïa » par Lynn Margulis.

  • La liberté sexuelle  

La liberté sexuelle fait partie intégrante de l'« utopie hippie ». C'est durant les années hippies que prend place la progressive légalisation de la pilule contraceptive et que l'accès à l'avortement se généralise, alors que la « liberté de choix » est une idée prégnante de la contre-culture, ce qui s'opposait, aux États-Unis, à l'idéologie conservatrice de certains courants religieux issus du christianisme, combattant notamment l'« immoralité » et l'« obscénité » depuis la fin du XIXe siècle. Les hippies vivaient alors en communauté et avaient des pratiques sexuelles diverses s'inspirant parfois du Kama sutra hindou, rejetant le mariage traditionnel et, à l'instar des utopies de la contre-culture, l'institution de la famille. Le mot d'ordre était « Free Love » (« amour libre »), que l'on retrouve dans l'appellation du « Summer of Love », rassemblement à la suite duquel les valeurs et le mode de vie du mouvement hippie commencent à se diffuser. Symbole du refus de la discipline, l'amour libre hippie est véhiculé par le rock.

  • La route 

L'expression « La route des hippies » (Hippie trail en anglais) désigne les périples de la génération hippie au travers de plusieurs continents. Ces voyages se faisaient fréquemment par bus ou en auto-stop, les étapes obligées étant Amsterdam, Londres, Istanbul ainsi que Goa (Inde), Katmandou (Népal), la Turquie, l’Iran et l'Afghanistan. Un des objectifs déclarés de ces voyages était la « quête de soi » ou « la recherche de Dieu » et, plus simplement, la recherche de toutes expériences nouvelles. Des ouvrages tels que Sur la route et Les Clochards célestes de Jack Kerouac, ouvrages fondateurs de la Beat Generation ont parfois servi de guides ou de prétexte à leur cheminement spirituel.

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